Puri, cité balnéaire et ville sainte

Puri qui fut notre deuxième étape dans l’Orissa est une ville aux deux facettes. Tout d’abord, en arrivant, on découvre son front de mer où s’alignent des dizaines d’hôtels. La plage de Puri, baignée par les eaux du Golfe du Bengale et ses dangereux rouleaux, est un véritable lieu de détente très populaire pour les familles indiennes. La plage pourtant immense est bondée de monde, des centaines et des centaines de personnes, qui s’adonnent au jeu de la baignade, font une ballade à dos de chameau, mangent une barbe à papa ou une glace… Les maillots de bain sont remplacés ici par les saris et cela donne une atmosphère très colorée et joyeuse.

familles_plages_Puri

Après s’être promenés sur le sable et avoir observé la vie de cette station balnéaire indienne, nous avons décidé de nous aventurer dans le centre de la ville à la recherche d’un temple que nous avions repéré dans le guide. Voyant un flot de personnes se dirigeant à l’intérieur des terres, nous décidons de suivre cette direction que nous pensions être la bonne. En s’arrêtant là où stagnait un attroupement, nous cherchons à voir ce qu’ils regardaient tous : un petit terrain avec du sable, des bouts de bois… c’est en voyant les bûches s’empiler et deux personnes arrivant avec le corps d’un vieillard à bout de bras que nous avons compris : nous étions sur un ghât de crémation. Et oui, ici ce genre de choses se déroulent sur la place publique. Nous n’avons pas traîné et nous avons cette fois trouvé le bon chemin qui menait au temple de Jagannath.

Nous sommes alors tombés sur la deuxième facette de Puri. Plus nous avancions dans les terres, plus la foule se densifiait. Nous marchions dans les ruelles étroites entre les rangées de lépreux, aux membres mutilés, qui s’alignaient sur le chemin, une toile de jute devant eux sur laquelle les passants jetaient des grains de riz en guise aumône. Nous avons marché jusqu’à arriver à une grande place juste à côté du temple. Cette place était la scène de bien étranges rituels : les femmes, les hommes tenaient des sortes de flambeaux faits de fins branchages liés et ornés de feuilles et fleurs et les brulaient sur le sol. Des offrandes de noix de coco, feuilles de bananiers, fleurs étaient également faites. Le feu, la fumée, la foule compacte, tout cela contribuait à une atmosphère très mystique, limite inquiétante.

rituels_autour_feu_Puri

brasiers_Puri

abords_temple_Jagannath

Le contraste était si fort avec l’ambiance décontractée de la plage que nous avions quittée 15 minutes plus tôt, nous ne nous y attendions pas… Nous avons alors pu voir la ferveur des hindouistes venus de toute l’Inde à Puri en pèlerinage dans cette 4e ville sainte du vishnouisme. On vénère ici Krishna, avatar de Vishnou, sous la forme de Jagannath, le Seigneur du Monde. Il est représenté par des dessins naïfs en trois couleurs différentes : noir, blanc ou jaune. Selon la légende, les fidèles voulurent, à la mort de Krishna, conserver pieusement ses ossements. Ils demandèrent alors à Vishvakarma, le sculpteur divin, de sculpter une image du dieu pour les contenir. Mais dérangé dans son travail, celui-ci laissa son œuvre inachevée. C’est pourquoi les traits de l’idole sont très grossiers comme le montre cette photo prise aux abords du temple de Jagannath.

Jagannath

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2 thoughts on “Puri, cité balnéaire et ville sainte

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      les regards sur la 2eme photo ne sont pas très accueillants! ton récit sur les lépreux et les membres mutilés m’a un peu glacé le sang.

    • Author gravatar

      oui c’est vrai qu’ils font un peu peur là dessus. Mais l’ambiance était vraiment spéciale, c’était très mystique, tous très concentrés dans leurs prières… et cette photo retraduit un peu l’atmosphère.
      Je ne voudrais pas te glacer le sang encore plus, mais ce que j’ai vu dans l’Orissa n’était rien comparé à ce que j’ai vu ce week-end dans le Bihar. Dans l’Orissa, les lépreux avaient certes perdus des doigts, des membres… mais les plaies étaient cicatrisées, cela faisait donc un moignon. Là ce week-end, c’était bien plus difficilement soutenable. Des lépreux, adultes et enfants, avaient aussi été installés au bord du chemin, mais cette fois, les membres mutilés avaient les chairs à vif et on pouvait voir la souffrance de ces gens. Franchement, ca m’a vraiment choquée. Je me sentais tellement désarmée et impuissante face à ca, c’était très dur…
      Je te rassure, on n’en voit pas à tous les coins de rue. Je pense que c’était un peu spécial dans le Bihar. Car même si il doit y avoir des lépreux un peu partout, ils sont normalement dans des léproseries pour être soignés au lieu d’être dans la rue à mendier. Mais bon, ca m’a rappelé que ca existe quand même bien qu’on ne le voit pas d’habitude…

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